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 Lucie

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acacia
Poète
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Date d'inscription : 10/11/2010

MessageSujet: Lucie   Sam 11 Déc - 1:56

Dans les allées sucrées du parc de Villiers, par ce frais matin d'été où l'ombre des arbres fruitiers jouait avec les écharpes de lumière suspendues aux branches, une frêle silhouette avançait à pas menus, glissait en silence, effleurant à peine de ses petits pieds graciles, l'herbe épaisse qui se balançait au soleil, attendant enfin d'être tondue, après les pluies torrentielles de ce mois de juillet pas comme les autres... Lucie aimait cette lumière là, quand elle retrouvait le parc, à l'aube, après une longue nuit de prières et de sommeil passée dans la petite cellule de l'abbaye, qu'elle occupait avec ses compagnes et dont on devinait les ruines, au fond du parc, de ce qui fut une bâtisse prospère et si belle, au siècle dernier...
Elle avait rendez-vous avec le bleu du ciel, avec les couleurs de l'été hésitant, le vert tendre des feuillages, les teintes qui commençaient à parer la vigne vierge de rouge et de pourpre, annonçant un automne précoce, la lumière miellée et rosée de ce début de dimanche éthéré... Elle s'asseyait sur un banc déserté, devant la mare où des canards argentés s'ébrouaient sur l'eau calme et mystérieuse. Son regard se perdait dans l'immensité du parc, dans la profondeur de la forêt qui le prolonge. Quel silence! Quelle paix en ce lieu où flotte comme un parfum l'image d'une oasis au milieu du désert... Quelle volupté aussi! Ah! Elle fermait les yeux et percevait sur son visage la douceur bienfaisante des premiers rayons de soleil...
Elle aimait se rappeler la Belle Époque où les moniales évoluaient dans l'abbaye, sous le regard de la mère prieure, dans l'ombre paisible qui envahissait la grande salle, le parloir, la chambre dépouillée; seule une ouverture dans le toit laissait passer un rai de céleste lumière. La cheminée éteinte depuis longtemps, avait emporté avec elle les secrets de la congrégation, et, au fond du parc, envahi par le lierre, le mur démoli du colombier recevait la confidence d'un pigeon égaré.
Vivant dans l'harmonie, la prière, et partageant les plaisirs simples d'une vie consacrée à la dévotion, Lucie avait un jour découvert dans le grenier de sa maison familiale, " LE LIVRE DES SAINTS" qui relatait, entre autres destinées mystiques, celle, ignorée de ses compagnes de couvent, de Sœur Lucie qui appartenait à la même congrégation, et qui aurait vécu dans ces mêmes lieux, au 18ème siècle... SŒUR LUCIE avait été une jeune religieuse, jolie comme un cœur, fidèle servante, d'agréable compagnie, toujours souriante et égale à elle même. Toute sa vie était un hymne à la Création, et à travers les prières et les oraisons, elle rendait grâce à DIEU de lui avoir fait connaître ce lieu serein, qui, chaque jour, la rendait plus forte et épanouie. En effet, il lui semblait que cet endroit était béni, presque enchanté. Il s'en dégageait une impression de calme, de plénitude, de sobriété, de dépouillement. Ici, point de luxe, ni de tapage. Cependant, la vie était combien riche en ferveur et en partage!
La Petite Assemblée Monacale, avait comme confesseur, un jeune prêtre, SCUBILION, beau comme Adonis. Prévoyant, attentif, il rendait une visite journalière aux religieuses, qui, en l'admirant, croyaient adorer encore plus DIEU qui leur avait confié un homme attachant, pieux, pour leur apporter l'Eucharistie, mais aussi pour leur prodiguer de bons et sages conseils. Il leur apportait la paix:, la joie de vivre dans cette voie qui était la leur et qu'il partageait... Tous les matins, il retrouvait les religieuses à la chapelle, dans l'union des cœurs et la ferveur des offrandes. Ils priaient ensemble le Tout Puissant, d'aider ce pauvre monde pervers, qui avait perdu le sens des vraies valeurs et ne savait pas vers qui se tourner, de lui donner l'espérance, la vérité, de lui montrer le bon chemin...
La légende de ce lieu raconte que tous les soirs, à l' heure où les ombres s'allongent, et où les volets clos de l'abbaye protègent le sommeil de ses habitantes, deux silhouettes, l'une blanche et fine, diaphane, légère comme un souffle, l'autre plus virile, dans une tunique noire, longent les murs du bâtiment endormi, traversent les allées du parc centenaire, frôlent la rangée d'arbres qui borde la forêt, et disparaissent dans un léger bruissement, deux silhouettes poursuivies par les ombres de la nuit silencieuse. Elles disparaissaient sous le couvert du feuillage des grands arbres, quand la lune, blanche et ronde, éclairait le paysage féerique...
Ont-ils vraiment existé, SOEUR LUCIE et le bienheureux SCUBILION, que pouvait-il bien se passer dans ces lieux? Quelles conversations pouvaient bien échanger ces deux êtres raffinés et évanescents? Quels actes répréhensibles auraient-ils pu commettre, eux qui n'appartenaient plus à notre monde, et qui étaient trop beaux et trop purs pour une existence terrestre? Souvent, Lucie s'interrogeait, profitant du calme et de la sérénité de l'endroit où elle aimait venir méditer... Aujourd'hui, ses rêveries l'ont amenée à rendre hommage et à évoquer avec émotion, pudeur, vérité, l'existence de ces deux êtres, dont elle était seule désormais à connaître le secret. Qui pourrait être au courant de cette vie, lue dans ce fameux livre, qu'elle n'a jamais retrouvé depuis?
Personne ne pourrait le dire... Or, un matin d'hiver blanc et froid, un bûcheron attardé trouva, entre deux chênes majestueux qui avaient perdu leur manteau, un voile de coton blanc: et une écharpe de laine noire tendrement emmêlés de givre. En levant les yeux, il vit deux oiseaux, un blanc, l'autre noir, sur la même branche, enlacés, qui roucoulaient doucement, éclairés par un pâle rayon de soleil, que la lumière de la neige rendait étincelant, tandis que l'ombre et le doute planaient sur le mystère de ce petit coin de France...
Soudain, Lucie regarda sa montre. Huit heures! Les sœurs devaient l'attendre pour la messe quotidienne et le frugal petit déjeuner. Elle se leva d'un bond, et, avec grâce, "s'envola" jusqu'à la chapelle, d'où s'élevaient déjà quelques prières dans l'air pur de cette matinée d'automne...
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Lucie
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