Forum destiné à la publication de poèmes, afin de partager ensemble l'art poétique.
 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion
Attention : les textes publiés appartiennent à leurs auteurs, ils sont protégés par le droit d'auteur

Partagez | 
 

 Chroniques des Anges de Nëa

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Manu
Petit poète
Petit poète


Nombre de messages : 40
Date d'inscription : 07/01/2010

MessageSujet: Chroniques des Anges de Nëa   Mer 13 Nov - 11:09

Prologue


Le Soleil avait cédé sa place à la Lune depuis quelques heures lorsque Khërt, l’Ancien du village, s’assit près du grand feu, au milieu de la place centrale, s’apprêtant à raconter une des légendes du pays. Tous, enfants, parents, jeunes et vieillards, s’étaient rassemblés près de cet homme, dont les traits tirés de son visage fatigué laissaient apparaître le temps qui s’était écoulé depuis sa jeunesse oubliée. Un respect mêlé de crainte et d’admiration remplissait l’atmosphère. Ils attendaient tous, déjà pendu à ses lèvres, ce moment qui n’arrivait qu’à chaque nouvelle lune.
Inspirant profondément, Khërt commença à raconter son histoire…
« Les nuits passent mais le sang reste et s’inscrit dans le temps. C’est ce même sang, versé justement ou à tort, qui permit aux Terres de Neä de devenir ce qu’elles sont aujourd’hui.
Les histoires qui ont forgés notre passé sont nombreuses, et je vais vous conter l’une d’entre elles. Trop vieille pour qu’on soit sûr qu’il ne s’agisse pas que d’une légende, trop importante pour qu’on puisse l’oublier…
L’histoire de Möhodhërt, Chef des rois des différents royaumes de Neä, et de Hyldâr, Roi des Elfes.
Ce qui va suivre s’est passé des dizaines de siècles plus tôt.
Les Humains s’étaient installés sur les terres d’une contrée entourée de mers, de plaines, de déserts et de montagnes. Et de l’Est, après que les Hommes se soient définitivement établis et autoproclamés maîtres de ce qu’ils appelaient l’Empire de Neä, les Elfes arrivèrent. Par milliers. Ils ne cherchaient qu’à trouver un endroit où rétablir leur civilisation. Le grand-père de Möhodhërt accepta et leur légua une partie des terres de l’Est et les laissa conquérir celles qu’ils souhaitaient tant qu’elles n’appartenaient pas aux hommes.
C’est à partir de là que commença une coopération entre Elfes et Humains qui dura près de cent ans, jusqu’à ce que le père de Möhodhërt meure. Ensemble, les deux peuples firent face à de nombreuses menaces et remportèrent de nombreuses guerres. Mais malheureusement, en ce bas monde, toutes les bonnes choses ont une fin…
Comme chaque année, une fête eue lieu au début de l’automne. Les deux gouvernements de chaque peuple se retrouvèrent dans une ville choisie au hasard parmi les deux royaumes. Cette année là, elle se déroula dans une ville de taille moyenne de Neä.
La fête battit son plein. Les gens burent, mangèrent et chantèrent. La voix rauque et caverneuse des Humains se mêlèrent à celles enchanteresses des Elfes. Les musiciens firent des merveilles. Tout fut parfait.
Puis vint le moment des échanges. Des combats, ressemblant plutôt à des démonstrations, eurent lieu comme chaque année. Et vint le tour du plus petit frère de Möhodhërt, Whörrys, qui fit face à un Elfe.
Whörrys était jeune mais il était grand, fort et intelligent. Il avait remporté de nombreuses batailles aux côtés de ses hommes et maniait la hache comme personne.
L’Elfe en face de lui se battait en utilisant des poignards assez longs. Le combat fut équilibré et dura longtemps. Les deux adversaires se blessèrent légèrement, montrant à la fois leur respect et leur maîtrise.
Mais Whörrys avait un défaut. Le combat l’exaltait. Il perdait facilement le contrôle.
L’Elfe faillit le toucher à la tête. Whörrys esquiva d’un cheveu et répliqua maladroitement, manquant sa cible. L’Elfe en profita et le mit à terre. Le combat était terminé et Whörrys avait perdu.
Mais pour lui, ce fut une honte absolue.
Il commit alors l’irréparable. Il suivit l’homme lorsqu’il sortit du palais et le coinça dans une ruelle, le provoquant en duel pour laver son égo blessé. Mais il ne lui laissa aucune chance. Il se déchaîna sur lui. Il le tua. Puis il brûla son corps à même le sol.
C’est à ce moment là que les choses dégénérèrent.
Whörrys jeta la honte en assassinant un invité. Hyldâr demanda réparation. L’Elfe qui avait été tué était un des frères d’armes d’Hyldâr. Un de ses plus vieux amis, qui avait été affaibli par la maladie et qui avait souhaité se retirer des champs de batailles pour se consacrer à l’éducation des jeunes enfants. Un héros et un grand homme. Mais la tradition des Elfes impose d’enterrer le corps de leurs défunts. Un corps qui disparait est synonyme de non-apaisement. Et c’est quelque chose que les Elfes ont en horreur.
Voilà ce que Whörrys avait enlevé aux Elfes et ceux-ci ne comptaient pas pardonner facilement les Humains pour cet affront.
Qu’a donc décidé Möhodhërt ?
Son cœur lui disait de ne rien céder. Mais la Raison lui fit prendre conscience de la gravité de la situation. Les Elfes avaient été de bons compagnons lors des batailles. Ils pourraient tout aussi bien se transformer en ennemis redoutables. Même avec une réparation suffisante, Möhodhërt savait très bien que plus rien ne serait comme avant. Les Elfes ne reviendraient jamais à leurs côtés. Alors il fallait faire en sorte d’éviter que le pire n’arrive.
Il discuta avec son frère, lui faisant comprendre qu’il devait assumer ses actes. Mais Whörrys ne voulut rien entendre. Il pensait pouvoir tenir tête face aux Elfes.
Il rassembla alors tous ses hommes – pas moins de dix mille cavaliers et vingt mille fantassins – et ils chevauchèrent vers les Elfes, jusqu’aux portes de leur capitale.
Mais ils furent arrêtés en route par un détachement d’hommes appartenant à Möhodhërt. Il avait eu vent de ce que comptait faire Whörrys et il s’était déplacé pour lui interdire d’aller plus loin.
Whörrys ne voulut rien entendre.
C’est à ce moment là que Möhodhërt cria d’une voix forte :
« Nous partageons le même sang mais pas les mêmes droits, Whörrys. Je suis ton roi ! Alors obéis-moi ou renie-moi ! »
Sa voix était tellement puissante que même les premières lignes de l’armée de Whörrys entendirent l’injonction du roi et commencèrent à prendre peur. Ils avaient oublié qu’ils étaient avant tout sous les ordres du roi et pas seulement sous ceux de Whörrys.
Pris de colère. Le cœur meurtri par tant d’inconsidération. Son ego prit le dessus et il se rebella contre son aîné, le provoquant en duel.
La douleur envahit à son tour le cœur du souverain, forcé d’accepté une loi que son grand père avait instauré afin de laisser l’opportunité à qui que ce soit de prétendre à la royauté. Mais le vrai but de cette loi était surtout de permettre au souverain de montrer sa force afin d’avorter les éventuelles émeutes et autres conspirations.
Whörrys aurait dû avoir l’avantage. Il avait vingt ans de moins que Möhodhërt et ce dernier s’était battu moins souvent que lui au cours des dernières années.
Mais Möhodhërt avait un atout. Il savait maîtriser son esprit aussi bien que la lame de son épée.
Tout au long du combat, Whörrys donna l’impression de pouvoir le battre. Mais en fait, c’était Möhodhërt qui ne voulait pas blesser son frère. Frère qu’il avait élevé  depuis son plus jeune âge. Frère qu’il avait éduqué comme son fils…
Mais il devait accomplir son devoir de roi.
Lorsque Möhodhërt se mit à se battre sérieusement, il retourna complètement la situation. Il para, esquiva et le blessa aux bras, le forçant à perdre en force et en vitesse.
Möhodhërt le battit finalement, lui faisant mettre un genou à terre.
« Dernière chance. Choisis ton camp. Assume tes actes.
- Tu enverrais ton frère à la mort ?
- Dans tous les cas tu es condamné. Alors autant partir avec honneur, en faisant face à ce que tu as commis. »
Whörrys s’avoua vaincu et accepta finalement de se rendre aux Elfes.
Nous ne savons pas ce que les Elfes ont fait à Whörrys. Mais cette histoire nous a été racontée par les Anciens pour nous rappeler à quel prix nous avons perdu notre amitié avec les Elfes. Et nos rois ont consentis à de grandes pertes pour éviter que notre royaume ne finisse par s’écrouler et nos vies s’envoler.
Et comme mon maître avant moi, je vais vous dire ce qu’il faut absolument retenir de cette histoire… »
Khërt marqua une pause. Il ouvrit la bouche mais un son de cor l’interrompit net.
Ce son le fit frissonner. Il ne l’avait pas entendu depuis des années. Il n’augurait rien de bon…
Le son se répéta une nouvelle fois et c’est à ce moment là qu’un vent de panique balaya l’assemblée.
Les soldats du village se mirent à hurler leurs ordres, appelant les hommes à s’emparer de leurs armes. Les femmes et les jeunes adultes rassemblèrent les petits enfants pour se cacher dans les maisons.
Khërt mit un certain temps avant de bouger à son tour. Cette vision d’effroi, il l’avait connue des années plus tôt. Mais cette fois-ci, il sentait que quelque chose était différent.
Quelques minutes passèrent. L’état d’alerte était à son maximum. La défense avait presque été entièrement organisée. Khërt réussit à se déplacer jusqu’au chef de la défense du village, qui observait au loin une ligne de feu se dirigeant rapidement vers le village.
« Qui sont-ils, commandant ?
- Je ne sais pas. Je suis juste sûr qu’il ne s’agit pas des bandits dont on nous avait parlé quelques semaines plus tôt… soupira-t-il, inquiet, frustré.
- Qu’est-ce qui vous fais dire ça ?
- Ils sont trop organisés, trop coordonnés dans leurs manœuvres de déplacements. Ca ressemble à des mouvements militaires… expliqua-t-il, conscient que sa déclaration n’annonçait rien de bon.
- Et j’imagine qu’il ne s’agit pas de soldats de Prymën, n’est-ce pas ?
- Si justement… J’ai envoyé trois hommes à leur rencontre un peu plus tôt. Un seul est revenu… Il portait sur lui la tête de l’un d’eux et avait été chargé d’annoncer le message suivant : « Nous arrivons pour vous rendre l’autre tête…
Khërt crut que son cœur allait s’arrêter. Des troupes de l’armée de leur propre royaume s’apprêtaient à les attaquer. Une seule question lui vint en tête. Et il ne se demandait pas pourquoi cela arrivait mais plutôt comment allaient-ils pouvoir tous s’en sortir.
- Allez-vous mettre à l’abri. Maintenant. » ordonna le commandant et sortant son épée sans quitter des yeux le détachement de cavaliers qui s’approchaient au galop.
L’Ancien ne chercha pas à discuter. Il rejoint d’autres habitants et ils se réfugièrent dans une maison, dans la pièce la plus au fond, dont le seul accès était une porte qu’ils ne quittaient pas des yeux.
Moins de cinq minutes plus tard, tous purent entendre un fracas rompre le silence qui s’était alors installé.
Des bruits parvinrent à leurs oreilles. Le bruit du métal frappant le métal. Bouclier contre épée, épée contre épée, épée contre chair. Des cris de douleur, des râles, des hurlements de peur, de colère, tout cela leur parvint.
Assis à côté d’un enfant d’une dizaine d’années, Khërt sentit sa main s’accrocher fortement à sa tunique. Il regarda autour de lui et remarqua alors qu’il y avait une dizaine d’enfants dans cette pièce, plus ou moins jeunes. Il y avait aussi trois jeunes hommes, pas encore des adultes, qui tenaient une lance ou une épée. L’un d’eux, contrairement aux autres, semblait ne pas avoir peur. Avait-il conscience de la situation ? Khërt n’aurait su le dire. Mais la simple vue de ce garçon lui donna un peu d’espoir. L’espoir de ne pas voir tous les membres de ce village se faire massacrer…
C’est alors que le bruit des portes qu’on enfonce éclata. Un sursaut les saisit. La maison d’à côté venait d’être attaquée. Le cri des femmes à qui on arrache leurs enfants déchira l’air. Ils furent aussitôt arrêtés, les soldats abattant leurs lames sur elles et leurs enfants. Les pleurs montèrent, eux aussi interrompus par le sang…
La porte de la maison où se trouvait Khërt fut à son tour détruite. Son cœur se mit à battre si fort qu’il n’entendit plus rien d’autres que son pouls.
Il avait beau l’espérer, il savait très bien que ça n’arriverait pas.
Un miracle…
Rien qu’un seul.
Le dernier rempart les séparant des soldats finit par voler en éclat à son tour. Cinq soldats entrèrent. Leurs épées étaient recouvertes de sang, leurs armures en étaient éclaboussées. Khërt reconnut les armures. C’était bien celles des soldats du Prymën.
Avant même qu’il ne puisse demander pourquoi, le fléau s’abattit sur eux. Le jeune homme sans peur se rua sur eux mais il ne parvint à n’en tuer qu’un seul. Un autre répliqua et lui enfonça son épée dans l’abdomen jusqu’à la garde, la pointe ressortant au niveau des omoplates.
Le jeune homme cracha un peu de sang avant de mourir. Les cris reprirent et le ballet de mort se remit en marche.
Les quatre hommes restant firent rapidement le ménage, mais ils laissèrent en vie une jeune fille, d’à peine vingt ans. Ils voulaient la violer.
Khërt eut un réflexe. Il se jeta sur eux pour la soustraire à leur emprise. Mais il n’en avait pas la force. Un des soldats le frappa au visage, le mettant à terre. Il émit alors l’idée de la violer devant lui. Ils s’emparèrent d’eux et les traînèrent dehors, puis les jetèrent au milieu de la place.
Trois soldats les rejoignirent pour maintenir en place Khërt et la jeune femme. Khërt se débattit tout en leur criant de ne pas faire ça. La jeune femme hurla aussi.
Mais c’était trop tard. Khërt finit par abandonner, les larmes aux yeux.
Cependant, avant même que le soldat ne finisse d’ôter le nécessaire de son armure, une étrange explosion retentit, suivie du cri d’un soldat.
Tous s’arrêtèrent, regardant en direction de la maison d’où provenait le bruit. Une autre explosion retentit. Un bruit sourd, lourd, puissant, comme le premier, parvint jusqu’à leurs oreilles. Au même moment, le corps d’un soldat fut projeté hors de la maison. Il ne se releva pas. D’autres soldats sortirent, gravement blessés, pouvant à peine marcher correctement.
Puis quelqu’un sortit à son tour de la maison.
Khërt n’en revint pas.
Du sang couvrait son visage et son bras droit. Une lumière rouge, intense, émanait de son corps. Son regard avait perdu cette innocence qui caractérisait les adolescents de son âge. Ses cheveux tombaient devant ses yeux. Des larmes coulaient sur ses joues, mais ses yeux n’affichaient aucune tristesse. Juste une colère. Une haine intense pour ces hommes qui lui avaient tout pris.
Il s’avança vers le corps du soldat qui ne s’était pas relevé et ramassa son épée. Il se dirigea alors vers les autres soldats.
Ceux-ci hésitèrent puis l’attaquèrent.
Ce fut bref, quasi-instantané. Il esquiva. La lame de l’enfant dessina alors une courbe, fendant l’air plus rapidement que le soldat et s’enfonça au plus profond de son cœur.
Il ne s’arrêta pas pour autant et la retira du corps avant de se ruer sur un autre soldat qui ne parvint pas à éviter l’arme lorsque l’enfant l’abattit sur sa jambe, lui brisant le genou gauche. Le jeune garçon leva alors son épée et la fit tomber avec violence sur la poitrine du soldat. Le tuant sur le coup.
Le gamin se tourna alors vers la bande de soldat qui retenait Khërt et la jeune fille. Il baissa les bras, faisant glisser la pointe de son épée contre le sol, traçant un sillon. Les yeux fixés sur eux, il afficha un regard intense. Sa colère ne disparaîtrait pas, pas tant qu’ils seraient toujours en vie…
C’est alors que Khërt le reconnut.
C’était l’un fils du meunier du village.
Guèrn…



Chapitre 1 : Elijah

Le cri d’un aigle retentit.
Elijah leva les yeux vers le ciel et aperçut l’oiseau, qui tournait au dessus d’eux, à quelques centaines de mètres sur leur droite. Il sourit puis regarda autour de lui, attentif au moindre bruit, au moindre mouvement.
Elijah et les soldats qui l’accompagnaient avançaient rapidement, portés la douce brise qui soufflait dans les collines du Gyrventar. Le ciel était d’un bleu azur. L’herbe sous leurs pieds ondulait doucement, ployant sous le vent, et les quelques arbres qu’ils croisaient murmuraient des choses incompréhensibles, nées du bruissement des feuilles secouées par le vent. Le Soleil cognait. Mais l’air était encore humide et la terre fraîche, grâce aux pluies récentes. Cependant, et heureusement pour eux, la terre n’était pas boueuse. Ils avançaient donc rapidement, sans trop souffrir de la soif ou d’un terrain rude.
Il leur restait une cinquantaine de kilomètres à parcourir et ils devaient atteindre la cité le plus tôt possible. Il leur fallait donner l’alerte à tout prix…
Elijah et les vingt-trois soldats qui étaient avec lui augmentèrent l’allure à nouveau, quand le Soleil fut à son zénith. Puis l’après midi passa et, à la fin de la journée, ils étaient à moins de vingt kilomètres de la Cité, capitale du Sangraë, le royaume le plus important de Neä. Ils firent auparavant une pause pour manger et se reposer un peu. Dans une demi-heure, ils repartiraient et ne s’arrêteraient pas avant d’avoir atteint la ville. Elijah avait prévenu ses hommes et ceux-ci n’avaient pas bronché. Ils étaient exténués, tout comme lui, mais chacun d’eux comprenaient l’enjeu de cette course contre la montre.
S’ils n’arrivaient pas à temps, la Cité risquerait de tomber.
Pendant que ses hommes se reposaient, Elijah fit le point. Leur mission initiale avait été un succès. Ils étaient parvenus à empêcher les Maraudeurs du Bürkor de dévaster la ville d’Ishtâr, à plus de cent kilomètres de là. Il était parti avec soixante quinze soldats, à pieds – pour ne pas être repérés à cause de la poussière que soulèveraient les sabots, mais aussi parce que le royaume ne pouvait pas se permettre de perdre leurs précieuses montures – et il ne revenait qu’avec vingt-trois hommes. Mais même cela avait été prévu. Les Maraudeurs étaient connus pour leur rage au combat et leur habileté à manier la hache et la lance. Ils étaient dangereux… et nombreux. On pouvait évaluer la puissance d’un Maraudeur grâce au nombre de tatouages qu’il avait sur les parties visibles de son corps. Et la plupart de ceux qu’ils avaient affrontés en avait les bras recouverts.
Elijah avait bataillé pendant une semaine dans Ishtâr, défendant la ville et repoussant les  deux cents Maraudeurs avec l’aide des soldats de la ville, qu’il commanda. Au final, trop d’hommes perdirent la vie, quel que soit le camp. Mais la mission avait été menée à bien. Et ils étaient rentrés chez eux, heureux d’avoir accompli un exploit que trop peu d’hommes peuvent se vanter d’avoir accompli.
Mais leur joie fut de courte durée…
En rentrant, ils voulurent passer par Laësya, une ville un peu plus au Sud, à deux jours de marche de la Cité. Ils souhaitaient s’y reposer, et dormir dans de vrais lits, puis refaire le plein de vivres avant de retourner à la Cité. Mais lorsqu’ils arrivèrent en haut des collines du Gyrventar, à moins de dix kilomètres de Laësya, ils aperçurent des nuages de fumées monter de l’intérieur de la ville. En dehors des murailles, ils virent des tentes par dizaines, surmontées d’étendards, sur lesquels étaient représentés deux lions ailés dorés s’affrontant en duel sur un fond noir.
Elijah et ses hommes les avaient reconnus : les Leyfendäriens. Un des plus puissants peuples de ce monde. Leur nombre était surtout leur avantage, et ils étaient connus pour leur force et leur détermination. Bien que certains de ses hommes aient voulu profiter de leur nombre pour saboter l’avancée des troupes ennemies, Elijah savait que le plus important était de prévenir la Cité. Ils disposaient d’une semaine, peut-être une semaine et demie, avant que l’armée du Leyfendärd n’assiège la Cité. Ils devaient donc revenir le plus rapidement possible chez eux, afin que le roi commence les préparatifs et que la ville se tienne prête à être assiégée.
Elijah ne pouvait compter sur le fait qu’un pigeon ou qu’un corbeau ait été envoyé par le gouverneur de Laësya pour prévenir la Cité. Il ne pouvait pas non plus penser qu’un messager avait été dépêché lui aussi. Il devait partir du principe que la Cité n’était pas au courant de l’avancée d’une armée de Leyfendäriens vers elle.
« Quelles sont nos chances de les vaincre ? avait demandé Brÿss, alors qu’ils se remettaient en route.
Elijah se remémora chaque récit de bataille qu’il avait lu pendant ses heures perdues dans les bibliothèques de la Cité passées à étudier l’histoire de son peuple. Et il se souvint :
- En cinq cents ans, les Leyfendäriens s’en prirent à la Cité trois fois. Ils réussirent la première fois, puis nous la reprîmes et la gardâmes jusqu’à aujourd’hui. Je pense qu’on a nos chances, si on parvient à s’organiser à temps.
- Et si on n’y parvient pas ? demanda Brÿss.
- Option refusée catégoriquement, lança Elijah avec un sourire au coin des lèvres.
Brÿss n’insista pas. Tous comprirent alors que la nuit allait être courte et qu’ils allaient bientôt se remettre en route afin d’arriver le plus tôt possible.
La Lune s’était levée depuis presque deux heures quand Elijah frappa aux portes de la Cité. Deux portes massives en bois, hautes de plus de cinq mètres, épaisses de plusieurs dizaines de centimètres et renforcées par des barres de métal plus épaisses que la cuisse d’un homme à différentes hauteurs des portes. Sur les portes, sculptées à même le bois, on voyait un aigle gigantesque étendre ses ailes et afficher un air menaçant. L’aigle était le symbole du Sangraë, le royaume dont la Cité était la capitale. On croisait souvent des aigles dans la région, les apercevant voler très haut dans le ciel, en haut des prairies, près des montagnes et des plateaux. Ils étaient des animaux sauvages, mais ils avaient cette grâce que les ancêtres du Sangraë avaient arborée pendant des millénaires, faisant d’eux le symbole de leur peuple.
Un garde ouvrit une petite fenêtre, à hauteur d’œil, et reconnut aussitôt Elijah. Il ouvrit la porte et quand Elijah passa devant lui, il se mit au garde à vous et le salua en disant : « Bon retour commandant. »
Elijah le salua en posant sa main sur son épaule, sans s’arrêter, et se dirigea vers le palais. On lui amena un cheval et une dizaine de minutes plus tard, après avoir traversé les quartiers résidentiels des habitants de la Cité au triple galop, il s’arrêta devant les marches du palais et les gravit quatre à quatre, sans s’annoncer. Il savait qu’il risquait d’être mal vu par les nobles. Mais il n’avait pas le temps pour toutes ces choses. Il savait que la garde royale réfléchirait à deux fois avant de lui sauter dessus. Ca lui laisserait le temps d’arriver jusque devant le roi. Il devait le prévenir le plus tôt possible. Chaque minute gagnée était une chance de plus de remporter la guerre qui s’annonçait.
Après avoir franchi la porte massive en chêne, il passa rapidement dans le hall d’entrée, sans prêter attention aux murs décorées de tapisseries et de fresques, incrustées d’or et parfois de pierres précieuses, et qui représentaient les événements les plus importants de l’histoire de la Cité, capitale du royaume de Sangraë, dont le peuple étaient des humains au savoir impressionnant et à la culture sans égale. Ils s’étaient fait une place dans ce monde en rivalisant d’intelligence avec les autres peuples, s’arrogeant la meilleure place que n’importe quelle civilisation rêvait d’avoir dans ce monde, que les humains avaient appelé Neä.
Les humains s’étaient divisés en cinq royaumes. Les plus importants étaient le Sangraë et le Leyfendärd. Venaient ensuite le Düventir, le Prymën, et le Vendör. Et le petit dernier était le peuple le plus pacifique de tous, il n’avait jamais pris part dans aucune guerre et s’était toujours tenu à l’écart. C’était le Koraïl, le peuple du désert qui portait le même nom.
Au cours des siècles écoulés, le Sangraë et le Leyfendärd se firent la guerre trois fois, et chacun de leur côté dû faire face à des assauts répétés de la part des autres peuples, qui espéraient améliorer leurs conditions de vie en supprimant les royaumes les plus puissants. Ils savaient que le Sangraë et le Leyfendärd ne s’allieraient jamais pour se défendre. C’est pourquoi ils étaient persuadés de pouvoir les défaire, tôt ou tard. Mais désormais, ils espéraient surtout voir l’un des deux royaumes être détruit par l’autre.
Elijah était enfin arrivé devant les portes de la salle du trône, gardées par deux gardes dont l’un d’eux frappa à la porte. Pendant qu’il retrouvait son souffle, il regarda les portes qu’il y avait devant lui. Deux énormes portes en bois massives de la forêt du Gyrventar, sculptées et ornées d’or et de métaux précieux, représentaient les emblèmes du royaume : un aigle royal s’élevant dans les airs en étendant ses ailes. Mais là, on avait incorporé l’emblème royal dans une scène particulière. L’aigle déployait ses ailes au dessus de soldats du Sangraë qui affrontaient et protégeaient femmes et enfants des soldats d’un autre royaume. L’aigle en question semblait veiller et encourager les Sangraëiens, les protégeant du Soleil cuisant qui étaient insupportables aux « méchants ». Puis l’aigle se déchira en deux et Elijah entrevit le roi, apparaissant dans l’embrasure des deux portes qu’ouvraient deux soldats à l’intérieur de la salle.
Elijah se redressa et inspira profondément. Il allait manquer à trois protocoles. Le premier étant de déposer ses armes, le deuxième de s’incliner trois fois devant le roi et le dernier étant de saluer avec une maxime. Il hocha la tête à droite puis à gauche, faisant craquer les vertèbres de son cou et s’avança d’un pas rapide dans la salle. Il vit au loin le roi Heôl et sa femme, la reine Gayä, assise sur son trône, à la droite du roi.
Elijah arriva au niveau de l’homme qui devait l’annoncer. Il aurait dû s’arrêter. Il ne s’arrêta pas et le coupa en s’annonçant lui-même :
« Sires, voici…
- Elijah, commandant de l’armée principale de Sangraë. »
Et il s’avança en se mordant la lèvre. Il avait surpris tout le monde et il lut sur le visage d’Heôl une expression de surprise qui manqua de le faire rire tant elle fut grotesque.
Il passa à côté du premier pilier doré. Il aurait dû s’incliner respectueusement. Mais il ne s’arrêta pas. Là, l’expression du roi passa de surprise à colère montante. Arrivé au deuxième pilier doré, Elijah ralentit, s’arrêta presque, esquissa une révérence pleine de respect, mais trop courte pour être approuvée, puis se releva et se remit en route.
Des murmures s’élevèrent dans la salle. Les nobles et leurs femmes présents ici craignaient la réaction du roi. Elijah ne s’arrêta pas au dernier pilier. Il augmenta l’allure, puis une fois devant le roi et la reine, à cinq mètres d’eux, il s’arrêta, s’agenouilla et lança en baissant la tête :
« Un coucou ne peut pas voler sans ailes, mais il peut chanter. Un lion ne peut pas rugir sans voix, mais il peut tuer. Un homme ne peut pas vivre sans femme, mais il peut la glorifier. La femme d’un roi quand à elle peut chanter, tuer et glorifier le roi, car sans reine il n’y a pas de roi, et sans roi il n’y a pas de reine. »
Et il garda la tête baissée. Attendant la réaction du roi.
Un long silence plana. Puis quelqu’un applaudit doucement, puis de plus en plus vite, suivi par un autre, suivi par d’autres. Elijah ne put se retenir de sourire. La maxime qu’il venait d’inventer avait visiblement plu aux nobles.
Il avait réussi.
Elijah connaissait le roi depuis une bonne dizaine d’années, et il pouvait dire sans prétention qu’ils étaient plutôt bons amis. Heôl était un bon roi. Il avait vint-quatre ans, des cheveux blonds, mi-longs, des yeux bleus, une peau blanche, une stature plutôt imposante, témoin d’un corps musclé, et un sourire sympathique. Il s’efforçait toujours de tenir compte de l’avis des autres. C’était sa force, ainsi que sa faiblesse. Il cédait à la pression du groupe, car en bon roi qu’il était, il savait qu’il devait faire en sorte d’avoir les nobles et le peuple dans la poche, dans la mesure du possible.
La reine quand à elle, avait tout juste vingt-et-un ans, une silhouette fine et délicate, des cheveux châtains, longs et bouclés, des yeux verts et une bouche finement dessinée. Elle était belle, mais discrète en même temps. Gayä tenait la main gauche d’Heôl, recouvrant en partie la bague du sceau royal avec sa main. Heôl portait également ce qui permettait à n’importe qui de voir qu’il était un roi : le gant royal de Sangraë. Un gant en soie, noir, brodé de fils d’or et d’argent, purs, et paré de fines pierres précieuses par endroits. Suivant l’angle sous lequel on observait ce gant, on pouvait voir différents dessins, allant d’un cerf gambadant dans une forêt, à un dragon en vol, ou encore à deux chevaliers s’échangeant des coups d’épées.
Finalement, Heôl sourit et se leva, applaudissant à son tour, comprenant qu’Elijah avait gagné. Mais il ne put s’empêcher de lui rappeler son outrecuidance :
« Soit le bienvenu, Elijah. Cette maxime était magnifique. Mais, malgré tout, j’aimerais savoir pourquoi tu t’es permis de négliger tous les protocoles que tu aurais dû suivre avant d’en arriver là. Je sais que tu n’es pas stupide. Tu dois avoir une bonne raison. Alors, vas-y, parle.
Sans se relever, Elijah déclara sur le ton le plus respectueux possible :
- Je vous demande pardon, votre Majesté, mais il fallait que je vous prévienne : les Leyfendäriens avancent contre nous. Ils sont en ce moment-même à Laësya. Nous avons marché sans relâche depuis le succès de notre mission pour vous l’apprendre, car nous ne savions pas si un message vous étiez parvenu. Et je me devais de vous prévenir le plus tôt possible.
Le roi Heôl baissa la tête. Un silence de mort plana dans l’assistance. Une minute passa pendant laquelle Heôl faisait des vas et viens sur l’estrade où se situait son trône. Il se tenait le menton, montrant qu’il réfléchissait attentivement à la question. Son bras gauche soutenait son bras droit. Elijah savait que, quand le roi était dans cette position là, il était plongé dans de profondes réflexions. Au final, trois minutes passèrent. Puis le roi rompit le silence :
- Sortez tous et rassemblez vos gardes personnelles pour votre protection, chers nobles.
Sans un mot, ils sortirent tous, passant devant le roi et ignorant Elijah derrière eux pour effectuer une longue et posée révérence, saluant le roi et la reine, et sortirent au fur et à mesure. Le roi ne semblait même plus y faire attention. Une fois que tout le monde fut sorti, il demanda à Elijah de se relever. Celui-ci s’exécuta. Le roi descendit alors les marches de son trône et se retrouva en face du commandant. Il se rapprocha de lui, le regarda avec un air interrogateur et lança :
- « Un coucou » ?
Tous deux explosèrent de rire. Quand ils furent calmés, Elijah expliqua :
- C’est la chose la plus simple qui me vint à l’esprit…
- En tout cas, c’était bien joué… Mais un jour, il faudra que je sévisse. Sinon, l’un d’eux serait tenté de faire pareil, fit remarquer Heôl.
- Ils n’oseront pas, mon roi… le rassura Elijah.
- Possible… Bref. Ils sont donc à Laësya… Ca nous laisse quoi ? Une semaine ? demanda-t-il.
- Oui, peut-être une semaine et demie avec un peu de chance. Les habitants de Laësya sont braves, mais ils manquent d’expérience… Ils tiendront suffisamment pour permettre à la Cité d’être prête, mais ils tomberont. Et on ne peut pas les sauver, mon roi, lui fit comprendre Elijah.
- Je sais… La priorité est de défendre la Cité. Si elle tombe, tout Sangraë tombe. Combien de Leyfendäriens y-a-t-il ? voulut savoir le roi.
- Environ deux cents milles, à en juger par la formation qu’ils ont adoptés…
- C’est-à-dire ?
- Ils ont attaqués comme des loups. Ils ont divisés leurs troupes en quatre contingents et ont attaqués les quatre entrées de la ville en même temps. J’ai essayé de compter rapidement les hommes du contingent le plus proche. Ceux qui attaquaient devaient être environ vingt mille, voire trente mille, et il y en avait autant en réserve, dans des tentes plantées en retrait, hors de portée des archers et des balistes. Et ce schéma se répétait devant chaque entrée. En comptant ceux qui auront perdu la vie ou qui ne pourront pas se battre contre nous, on en arrive à un nombre d’environ deux cents milles soldats, expliqua Elijah.
Son professionnalisme avait toujours épaté le roi. Et c’est l’une des raisons qui faisait qu’à presque quarante ans, Elijah restait le commandant des troupes de la Cité. Heôl avait confiance en son jugement. Il dit :
- Nous disposons de cent trente mille soldats stationnés dans la Cité. Et la ville la plus proche est Mortyä. Là-bas, ils ont cent mille soldats en réserve. Et les Leyfendäriens ne les ont pas attaqués. On pourrait leur demander des renforts, non ?
- Le temps qu’ils arrivent, nous auront perdus déjà beaucoup d’hommes… Il nous faut préparer la ville à l’assaut et tout miser sur une défense imperméable. Notre stock d’armes, de vivres et d’eau sont au plus haut niveau. S’ils tentent un siège, on tiendra. Mais j’espère que le mental des hommes et que les murailles tiendront. Ca fait près de deux cents ans que la Cité n’a pas connu de batailles. Nos hommes sont entraînés, mais, à part contre des criminels endurcis, ils n’ont jamais eu à dégainer leur épée lors d’un vrai combat…
- Je sais… Moi-même je ne suis pas un roi guerrier. Les seules fois où les soldats de la Cité ont dû se battre, c’était pour aider des villes contre les Maraudeurs ou les Pilleurs…
- Mon roi, vous n’êtes pas seul. Les soldats vous font confiance. Nous allons défendre notre ville.
- Quel est ton plan, Elijah ? lui demanda le roi en retrouvant un peu de courage et de sang froid.
- Déjà, la première chose à faire est de demander des renforts à Mortyä. Ensuite…
Elijah se dirigea vers une tapisserie accrochée à un mur qui représentait la Cité, vue de dessus. Cela faisait un plan suffisamment détaillé. Elijah s’empara d’une lance qu’il retourna et s’en servit comme d’un bâton pour désigner tel ou telle chose.
- Là, là, et là – il pointa chacune des trois entrées de la ville – nous devons poster des archers, deux rangées de cent, à chaque porte. Puis le long des murailles, nous devons poster des soldats et des archers, afin de faire face à des possibilités d’attaques isolées et en faible nombre. Le gros des troupes restera dans l’enceinte de la ville. On relaiera chaque homme chaque jour, tant que le gros des troupes n’aura pas besoin d’être sollicité pour de bon. On devrait réussir à les maintenir à distance. On pourra toujours augmenter le nombre d’archers si besoin est. Et il faudra prévoir d’utiliser les balistes également.
- Très bien. Je donnerais des ordres pour ce qui est des balistes et concernant la répartition des différents corps d’archers, j’enverrais les lettres à chaque sergent.
- D’accord. Ensuite, il faudra se préparer à trois possibilités… poursuivit Elijah.
- Lesquelles ?
- La première : la négociation. Il faudrait savoir ce qui les pousse à nous attaquer. Ils peuvent manquer de nourriture, d’eau. Ou ils ont été chassés de leurs terres. Ou ils ont tout simplement envie d’étendre leurs territoires. En tout cas, il faudra essayer de voir si on peut résoudre ce problème sans verser trop de sang.
- Je vois. Quelle est la deuxième ?
- La deuxième, c’est qu’ils attaquent avant même que les négociations ne commencent. A ce moment là, il nous faudra agir vite et contre attaquer le plus tôt possible. Il nous faudra alors tenir, attendre les renforts et diviser leur front pour les battre. Ce sera long, et il nous faudra tenir…
- Et la dernière ? voulut savoir Heôl.
Elijah afficha tout à coup une mine grave. Il regarda le roi, puis croisa le regard de Gayä, qui les écoutait attentivement, car elle avait son mot à dire si elle le souhaitait. Le couple le regardait avec inquiétude. Elijah déclara :
- La dernière est la suivante : il est possible que nous devions faire face à quelque chose que nous n’avons pas envisagé. Il va falloir que nous soyons prêts à réagir à n’importe quelle situation, même si nous ne l’avons pas envisagée… C’est la chose la plus probable qui puisse arriver dans une guerre : un imprévu. Et c’est la gestion de cet imprévu qui peut nous donner la victoire ou nous l’enlever.
Le visage d’Heôl s’était figé de telle sorte qu’il incarnait la réflexion même. Un air qui lui allait bien, mais qui ressemblait par moment à une expression de souffrance. Le silence qui suivit fut bref, interrompu rapidement par la reine Gayä qui lança :
- Elijah, il me semble qu’il reste une dernière possibilité…
- Laquelle ? demanda alors Heôl, curieux.
Elijah savait déjà de quoi elle allait parler. Il la laissa cependant s’expliquer à son mari :
- Les Endjerüs. Ils ont toujours aidé la Cité lorsqu’elle fit face à de terribles batailles. Ils sont venus pour reprendre la ville, et depuis, ils nous ont toujours aidé à la défendre.
Le roi y songea un instant. Il savait que sa femme lisait beaucoup. Ce qu’elle disait venait souvent d’un livre trouvé dans la bibliothèque de la Cité. Mais il voulait avoir l’avis d’Elijah :
- Qu’est-ce que tu en penses ?
- Je crois qu’il ne faudrait pas trop compter sur quelque chose qui a eu lieu il y deux cents ans et que personne de vivant ne peut prouver. Je ne dis pas qu’il s’agit d’un mensonge ou d’une banale légende. Mais il est possible que celui qui a rapporté cette légende ait exagéré les faits en prenant pour exemple un héros des anciens temps. Je veux simplement dire, ma reine, mon roi, que nous devons mettre toutes les chances de nos côtés en ne comptant pas sur l’arrivée miraculeuse de chevaliers légendaires, dit-il avec respect.
Cela parut sage aux yeux d’Heôl, qui se tourna vers sa femme pour demander son avis. Gayä reconnut qu’Elijah avait raison. Si les Endjerüs finissaient par arriver, cela leur serait d’un grand secours. Mais en attendant, ils devaient se préparer à défendre la Cité sans compter sur eux.
- Très bien. Préparons-nous à accueillir ces Leyfendäriens… » lança le roi en sortant de la salle du trône, suivit par Elijah.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Chroniques des Anges de Nëa
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» [Golon, Anne & Serge] Angélique, marquise des anges
» [Troisi, Licia] Chroniques du Monde Emergé (série)
» Clinique de l'exil : chroniques d'une pratique engagée
» Les anges ne naissent pas au Paradis
» Angélique Marquise des Anges, nouvelle édition

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Poésie en ligne :: Histoires-
Sauter vers: