Forum destiné à la publication de poèmes, afin de partager ensemble l'art poétique.
 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion
Attention : les textes publiés appartiennent à leurs auteurs, ils sont protégés par le droit d'auteur

Partagez | 
 

 Discours de Jean Rostand

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Faubert Patrice
Poète
Poète


Nombre de messages : 970
Date d'inscription : 02/05/2013

MessageSujet: Discours de Jean Rostand   Dim 14 Juin - 11:17

Extrait idiosyncrasique d'un discours de feu Jean Rostand (1894-1977) qui fut prononcé le 15 novembre 1968 à la Mutualité à Paris. Des extraits en furent lus à Europe 1 par feu Georges Brassens (1921-1981), qui en recommanda la lecture. Feu Jean Rostand fut l'un des plus grands savants français, et en autres choses diverses, fut aussi le poète des crapauds et des grenouilles, comme feu J.H. Fabre (1823-1915) fut le poète des insectes, et n'oublions pas qu'il y a 200 millions d'insectes par individu, et j'ai donc eu la chance de correspondre avec feu Jean Rostand lorsque j'étais jeune, à une époque où je m'intéressais grandement à l'erpétologie.

Long extrait d'un discours de feu Jean Rostand

" Chers amis

Comment peut-on être Persan? s'écriait-on au siècle de Montesquieu. Moi, je dirais volontiers aujourd'hui : Comment peut-on ne pas être citoyen du monde? Quand on voit les atrocités, les injustices, les exactions commises au nom de l'idole patrie; quand on voit à quelles sanglantes impasses conduisent tous les nationalismes; quand on voit comment, pour un peu de pétrole, de cobalt, ou d'uranium, les sentiments les plus élémentaires d'humanité se trouvent bafoués; quand on voit comment les exigences de l'égoïsme sacré font bon marché de la vie et de la dignité humaine, s'il s'agit d'assurer la possession d'une matière première ou d'une zone d'influence, quand on voit les sommes fabuleuses gaspillées pour des armements qui ne serviront jamais, ou qui, si par malheur ils servaient, mettraient en péril l'espèce entière, autrement dit, quand on voit les peuples se ruiner, ou pour rien, ou pour leur suicide : quand on songe qu'avec ces dépenses militaires on pourrait créer partout l'abondance annoncée par Jacques Duboin, résoudre tous les problèmes économiques et sociaux - à cause desquels le monde est divisé en blocs antagonistes ; quand on songe à tout ce que la science , la médecine, la culture, la démocratie pourraient gagner à une pacification du monde qui libérerait tant de puissance et d'énergie , absorbées jusqu'ici par l'oeuvre de mort; comment ne pas rêver , tout au moins, d'une humanité sans frontières et capable enfin de se consacrer à des tâches non plus mesquinement nationales, mais planétaires.

Le spectacle que donne présentement le monde n'est pas fait pour rassurer les amis de la paix. Jamais, il n'a paru plus désuni et plus éloigné de l'union. Partout flambent les nationalismes, les chauvinismes, les racismes, les fanatismes.

Partout règnent en maître l'esprit de rivalité, la volonté de domination, la sauvagerie des soi-disant civilisés.

Armer l'esprit de l'enfant pour que sa main n'ait plus à être armée : voilà une belle formule. Oui, débarrasser, purger les manuels scolaires de tout ce qui peut nourrir les funestes séparatismes; épargner aux collégiens le sinistre récit des batailles; se garder de leur détailler les beautés de la stratégie napoléonienne, leur faire comprendre qu'un boucher sur un trône n'en est pas moins un boucher et que les arcs de triomphe et les colonnes Vendôme ne sont que des reliques d'une proche barbarie : les initier aux découvertes scientifiques et aux progrès de la justice, plus qu'aux prouesses meurtrières; les pénétrer de cette notion qu'aucune guerre n'est belle, qu'aucune victoire n'est glorieuse - puisque les Te Deum se chantent sur les charniers, leur enseigner dès le plus jeune âge qu'aucun peuple ne vaut plus qu'un autre, qu'aucune race n'est supérieure à une autre, qu'aucune patrie ne s'est au cours des temps noblement conduite plus qu'une autre; leur montrer qu'il n'est pas d'histoire nationale qui ne soit un tissu de férocités et de félonies; bannir des programmes tout ce qui peut contribuer à mettre dans l'esprit des jeunes un sentiment de primauté nationale, en quelques domaine que ce soit ; matériel, spirituel, moral.

Un de mes amis, professeur d'histoire, me citait naguère , le mot d'un écolier, qui venait de recevoir son livre d'histoire; " J'ai reçu mon livre de guerre " . Et bien, nous ne voulons plus que les livres d'histoire soient des livres de guerre.

Pour moi, être pacifiste, ce n'est pas forcément être prêt à tout sacrifier à la paix, mais c'est quand même être capable de lui sacrifier beaucoup de choses et à quoi l'on tient.

C'est voir obstinément en toute guerre la gigantesque erreur judiciaire que fait la somme des peines capitales infligées à tant d'innocents; c'est ne pas consentir aux grossières simplifications et falsifications que diffusent les propagandes pour attiser les haines ; c'est refuser d'égrener le chapelet des slogans de commande et des calomnies de consigne; c'est ne pas clamer qu'on veut la paix quand on fait le jeu des fanatismes qui la rendent impossible; c'est dénoncer sans relâche l'atrocité, l'ignominie de la guerre, mais se garder d'imputer à l'un des belligérants des atrocités hors série; c'est s'interdire de dénoncer d'un côté ce qui se fait ou se ferait aussi du côté adverse; c'est condamner, dans tous les camps; les jusqu'au-boutismes et les intransigeances; c'est s'affliger quand, pour quelque cause que ce soit, on voit un fusil entre les mains d'un enfant; c'est être obsédé par les fantômes de tous ceux qui sont morts pour rien; c'est préférer que les réconciliations devancent les charniers; c'est n'être jamais sûr d'avoir tout à fait raison quand on souscrit à la mort des autres...

Un monde uni ne pourra être bâti que par des hommes et des femmes ayant au coeur ce pacifisme-là . "

Jean Rostand ( 1968 )

Patrice Faubert (2012) pouète, peuète, puète, paraphysicien ( http://patrice.faubert.over-blog.com/ ) Pat dit l'invité sur " hiway.fr "
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Discours de Jean Rostand
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Jean ROSTAND
» Discours de La Gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean au Palais du Peuple
» Jean-Jacques ROUSSEAU - Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes
» [Racine, Jean] Phèdre
» Tous à Matha, de Jean-Claude Denis

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Poésie en ligne :: Vos poèmes-
Sauter vers: